Les vacances sont finies et, à l’école, les choses sérieuses ont repris. En français, l’enfant planche depuis décembre sur le participe passé. Comme l’a dit la
maîtresse, « il ne faut pas confondre le participe passé en« é » avec un verbe du premier groupe à l’infinitif ».
Ensuite, pour vérifier que les élèves ont bien appris leur leçon, elle leur concocte des dictées sur mesure, remplies du son « é » à écrire avec « é » ou « er » selon le cas. Mais les petits ont
encore du mal à faire la différence et beaucoup d’élèves accordent leurs notes de dictée aux températures actuelles, c’est-à-dire proches du zéro.
Pour aider l’enfant, nous lui avons expliqué l’astuce consistant à changer le verbe du premier groupe en un verbe d’un autre groupe, comme « finir » ou « prendre », pour entendre la différence au
participe passé. Puis, comme la maîtresse, nous avons vérifié avec une dictée si le conseil avait été assimilé. C’était pendant les vacances, et le cœur n’y était pas vraiment. Mais l’enfant
était d’accord pour faire un effort et avoir de bonnes notes à la rentrée. Alors pour lui laisser une petite porte de sortie, un espace de liberté dans le monde rigide de l’orthographe,nous lui avons dit de choisir le verbe de remplacement qu’il voulait, du moment que le résultat était bon.
Attention, concentrez vous, la dictée commence :
Titre : « Les hippopotames ». Je répète : « Les zippopotames ».
« Les zippopotames peuvent rester imm-ergés ; les zippopotames peuvent rester imm-ergés sous l’eau… »
L’enfant, penché sur sa copie, s’appliquait. Arrivé au premier verbe, je l’ai entendu dire « les zippopotames peuvent mourir, donc « er ». Très bien, il a compris pour le premier verbe ! Voyons
la suite pour le participe passé qui vient juste après. « Les zippopotames peuvent rester imm-ergés »
L’enfant a dit : « Les zippopotames peuvent rester « souffrir », non ça ne veut rien dire donc c’est « é ».
Bravo ! ai-je pensé !
La phrase continuait « …avant de remonterà la surface » ; « avant de remonter ra la surface »
Là, l’enfant a dit « avant de périr à la surface», donc c’est « er ». Visiblement, il avait compris, mais quelle
souffrance ! Je venais de m’apercevoir que l’enfant avait utilisé des verbes de substitution morbides qui reflétaient son état d’esprit. Pauvres petits que l’on torture pour la bonne cause ! Mais
bon, mis à part les déceptions et vexations qui resteront ancrées à vie dans sa mémoire (ou encrées, si c’est sur la copie que la maîtresse a laissé son commentaireacerbe), ces tortures orthographiques lui permettront d’écrire sans fôte à l’âge adulte, comme ça maman !
une dictée bleue, blanc et rouge !
(photo Main verte)