Quand on élague un arbre, j’ai mal pour lui. Un jour, j’ai osé m’approcher du bûcheron et de sa tronçonneuse pour lui demander s’il était absolument nécessaire de
ne laisser que le tronc à ce pauvre arbre (je pensais aussi aux petits oiseaux qui habitent dedans). Celui-ci m’a rassurée en me disant qu’il fallait régulièrement couper les branches des arbres,
que c’était comme une coupe de cheveux pour lui. J’ai fait celle qui était convaincue par sa réponse, d’abord parce que ce monsieur était bien gentil de me répondre et ensuite parce qu’il avait
une tronçonneuse à la main. Mais en repartant, je me suis dit que le jour où j’aurai un jardin, je couperai une branche sur deux.
Pourtant, à la maison, il y a des jours où j’ai moi aussi envie de couper. J’ai envie de couper tout ce qui me tombe sous la main. Je ne sais pas à quoi ça correspond, psychologiquement parlant,
mais il faut que je coupe. Hier soir, ça m’a pris d’un coup pendant que l’enfant faisait ses devoirs. J’ai commencé par couper le persil dalmatien qui m’énervait car il ne sert à rien depuis
qu’on ne peut plus le manger à cause de ses taches blanches. Ensuite, j’ai coupé toutes les feuilles de la tomate car elles séchaient sur place et ça m’énervait aussi. Après, c’est le palmier qui
y est passé car ses grandes palmes jaunissaient au bout et pendouillaient d’un air bête. Comme cela ne suffisait pas, j’ai coupé le bas des rideaux. Ils étaient plombés ! Tout le monde sait très
bien que le plomb est mauvais pour la santé. Je n’allais donc pas laisser un rideau nous rendre malade sous prétexte qu’il tombait mieux ainsi. De toute façon, c’est moi qui l’avais cousu à la
main et il ne valait mieux pas s’approcher trop près pour regarder les détails… Maintenant, ça fait un ensemble logique post moderne. Puisque j’avais les ciseaux dans les mains (et sans doute
influencée par la remarque du bûcheron), j’en ai profité pour me couper la mèche du devant, que j’essaie désespérément de coincer derrière l’oreille mais qui retombe toujours en me faisant la
raie au milieu. Là, j’y suis peut-être allée un peu trop fort. Pourtant, j’ai fait comme le coiffeur : j’ai mouillé mes cheveux, passé le peigne puis glissé la mèche entre mon index et le majeur
en tirant légèrement dessus. Ensuite, j’ai coupé. Mais au fur et à mesure que la mèche était libérée après le coup de ciseaux, les cheveux remontaient beaucoup trop haut sur le front. Comme
j’avais commencé, j’ai fini, mais j’ai soudain compris que le coiffeur coupe les cheveux qu’il tient sous ses doigts, alors que moi, j’ai coupé
au-dessus des miens. Comme j’avais une tête de brute avec une moitié de frange, j’ai préféré tout remonter vers le haut et maintenant, je
ressemble à un hérisson ! D’ici à deux mois, il n’y paraîtra plus rien. Faut juste tenir deux mois sans sortir. Cela dit, je ne devrais pas m’ennuyer car j’ai de la couture à faire…
Ni coiffeuse, ni couturière... bûcheron peut-être ? (photo Main verte)