Je n’ai jamais les mêmes animaux que tout le monde. Mon compost, par exemple, avait attiré des milliers de moucherons aux yeux rouges avec lesquels je devais ruser
comme une sioux pour ajouter une épluchure bio dans le sac. Puis, du jour au lendemain, piouf, disparus ! Bizarre. Mais en peut-être future entomologiste, j’ai pensé que mes moucherons, ayant
tous le même âge, avaient atteint leur maturité et que, comme moi à 26 ans, ils avaient enfin pris la clef des champs (enfin, la clef du parc d’à côté car on est en ville).
Ayant autre chose à faire que de compter mes moucherons, j’ai rangé la maison, travaillé sur internet, réveillé l’enfant car il était déjà onze heures moins le quart et j’ai commencé à préparer
un poulet label rouge sur un lit d’oignons et de pommes de terres bio, dont j’ai mis les épluchures dans mon compost sans soulever aucun nuage de moucherons. En me rendant compte que j’avais dû
mettre dans ce compost l’équivalent d’un frigo entier d’épluchures dans un simple sac en papier, je me suis dit que le compost, c’était hyper pratique. En effet, entre le bac à plastiques, celui
du papier et celui du verre, si on fait un compost, on n’a pratiquement plus de poubelle normale (vous savez, la cracra sous l’évier). Bon, il est vrai aussi que lorsqu’on recycle tout, on se
retrouve avec quatre poubelles à la vue de tout le monde dans sa cuisine au lieu d’une seule, cachée sous l’évier. Mais on est écolo ou on ne l’est pas. C’est tout de même mieux de recycler. Les plastiques deviennent des tuyaux, des pulls et des sols d’aires de jeux pour les enfants au lieu d’être brûlés ; le papier recyclé évite de couper
des arbres et le compost redevient une belle terre bien grasse pour nos plantes. Il faut juste éviter d’y mettre de la viande ou des agrumes. Et puis moins je tripote ma poubelle cracra, mieux je
me porte. D’ailleurs, cela fait au moins deux jours que je n’ai rien jeté dedans. Ca c’est du recyclage !
Le poulet étant cuit à point et les pommes de terre à cœur, j’ai vite lavé de la salade en entrée et hop, à table ! On s’est régalé. Après l’indispensable petit café avec un gros morceau de
chocolat, j’ai enfilé mes gants de vaisselle roses pendant que l’enfant ouvrait son cahier de vacances. Au travail tous les deux ! J’ai vidé les assiettes et mis les os de poulet de côté :
ceux-là iront dans la poubelle cracra. Du gant gauche, j’ai ouvert la porte du placard, je me suis baissée pour faire glisser les os dans le sac-poubelle et
là, je me suis retrouvée dans le noir. Des moucherons aux yeux rouges volaient devant mes yeux par milliers. Prestidigitateurs mes moucherons ? Mon oeil !
(photo Main verte)